Faire face à l'Occupation


« Jamais nous n’avons été aussi libres que sous l’occupation allemande », écrivait Jean-Paul Sartre dans La République du silence.

Loin d’idéaliser cette sombre période, l’intellectuel français y développe, dans cet article paru dans Les Lettres françaises en septembre 1944, une vision singulière de la liberté. Au risque du scandale.

Cette phrase a résonné en moi, éveillant le désir d’en explorer les multiples significations et ce qu’elle peut représenter... pour moi.

Pour Sartre, elle signifie que « puisque sous l’Occupation nous étions traqués, chacun de nos gestes avait le poids d’un engagement. Nous pouvions résister, nous rebeller ou nous taire. Personne n’était là pour nous indiquer la voie à suivre. »

Alors, si l’on transpose cette réflexion à nos propres existences, quelles sont nos périodes d’"Occupation" personnelles ? Quels sont ces poids qui nous traquent, nous enferment, et qui, paradoxalement, peuvent aussi nous libérer ?

Bien sûr, chaque histoire est unique, mais il semble émerger une certaine universalité : ce qui nous emprisonne le plus souvent trouve sa source dans nos blessures et traumatismes d’enfance.

Ces blessures passées « occupent » encore notre esprit au présent, influencent nos comportements, brident notre cœur et restreignent notre champ d’action.

On peut ainsi passer une grande partie de sa vie à revivre inlassablement ces mêmes situations douloureuses, ces mêmes oppressions intérieures.

Et pourtant, comme le souligne Sartre, lorsque nous prenons conscience que nous avons le choix – même en plein cœur de l’Occupation –, alors chaque geste posé en conscience devient un acte d’engagement : résister, nous rebeller ou nous taire.

J’ai découvert récemment à quel point l’engagement est une valeur essentielle pour moi.

Dans le domaine du développement personnel, comme dans certaines sphères religieuses, on entend souvent dire qu’il faut « apprendre à pardonner, à tourner la page, à passer à autre chose ». Si le pardon peut jouer un rôle important dans un processus de libération, il n’est pas obligatoire et cette injonction peut être d’une grande violence pour des victimes dont la souffrance n’a jamais été entendue ni reconnue.

Prenons le cas des victimes de l’affaire Bétharram. Plusieurs d’entre elles ont témoigné que le fait d’être enfin écoutées et reconnues leur permettait d’amorcer un processus de résilience.

Je partage les mots de Christiane Singer : « Avant de se laisser consumer dans le brasier de l’amour, toute souffrance veut encore une fois être apaisée et vue. »

Être reconnu et vu dans sa douleur est une nécessité, une légitimité.

Faut-il rappeler que certaines victimes meurent de ne pas avoir été écoutées ?

Ce fut le cas d’Estelle, 15 ans, membre de l’Association de Victimes d’Inceste dont je fais partie. Le 11 juin 2023, Estelle s’est suicidée. Une plainte avait été déposée 18 mois auparavant, mais l’enquête s’était enlisée, et son agresseur n’avait pas encore été entendu par la justice.

Ce n’est que six mois après sa mort que le procès a eu lieu. Son agresseur a été reconnu coupable d’agression sexuelle avec violence aggravée sur mineure.

Se rebeller, dans certains cas, c’est choisir la vie.

Et j’ai le sentiment que c’est aussi de cela dont parle Sartre lorsqu’il affirme que nous pouvons résister, nous rebeller ou nous taire.

Si la résistance ou le silence figent, la rébellion, elle, porte une énergie de vie.

Rebellons-nous pour retrouver l'Amour que nous sommes, pour faire briller la part la plus grande et la plus lumineuse de nous-même.

Bien sûr, il n’existe pas un seul chemin vers la libération. Comme l’écrit Sartre : « Personne n’est là pour nous indiquer la voie à suivre. » L’essentiel est d’être en phase avec celle que nous choisissons.

Remercions donc nos périodes d’Occupation. Car elles sont, si nous décidons de les regarder et de les affronter, d’incroyables opportunités de nous libérer et de faire briller notre propre lumière.

On avance ensemble.

Sylvie

 


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